Tète des Toillies , montagne emblématique du massif d’Escreins. Photos de nuits : la technique, réflexions sur les développements et images réalisées :-)

Tète des toilies, lac Blanchet supérieur, sous les étoiles
Tète des toilies, lac Blanchet supérieur, sous les étoiles réflexion miroir dans le lac

Nous arrivons dans une période ou les ciels étoilés sont parmi les plus beaux de l’année à observer.

Voici le récit d’une escapade dans le Queyras et le massif d’Escreins, au pied de la Tète des Toillies, pour parler de photos d’étoiles, de la technique mais aussi du développement et de reflexions personnelles sur le sujet.

La photo de ciel étoilé est un vaste sujet. Je m’y frotte depuis quelques années et je sais les difficultés pour arriver à des photos remarquables. Quoi de mieux que le bivouac dans une région qui laissera la place aux étoiles pour briller, et prendre toute leur importance sur les clichés. Le Queyras est une région de hautes vallées splendides et peu peuplées. Les gens y sont accueillants, et les paysages d’altitude sublimes. J’ai l’habitude de m’y rendre et notamment pour des photos d’étoiles, que ce soit à l’observatoire de Saint Véran ou ailleurs. La tète des toillies est une montagne ou plutôt un pic emblématique de la région. La longue randonnée qui en fait le tour permet d’observer de nombreux lacs, et d’avoir des point de vue très aériens sur les Alpes et la région (les cols frolent les 3000m !).

Un lac retient notre attention, le lac blanchet supérieur. Il se situe pratiquement au pied de la tète des Toillies à 2829m d’altitude. La tète des Toillies , elle même à 3176m, surplombe fièrement le lac tout en se réfléchissant à sa surface… L’endroit est minéral, l’endroit pour bivouaquer évident et à proximité. Les Toillies (étoiles) vont servir de décor à un ciel étoilé des plus pur de notre continent.

La tente est installée, un repérage pour les endroits de prises de vue éffectué,  le pique nique et l’apéro du soir au top, il ne restait plus qu’à attendre la nuit noire .. ou presque. En effet, un premier quartier de lune ne se « couchait » que vers 00h30, celui-ci a permis un éclairage doux et latéral sur le paysage. Ceci atténue «l’éclat » des étoiles mais permet des contraste de densité qui peuvent, en plus de rendre plus lumineuse l’image, la structurer niveau composition. Sur la première photo ,cela servira à marquer des plans.

Voici le coté technique, celui que j’emploie, il faut bien en parler un peu hein 😎 :

Technique (personelle) pour la photo de ciels étoilés

Le choix du lieu et du moment est primordial pour avoir le plus de chance d’avoir un maximum d’étoiles, voire de couleurs, et d’objets célestes. En effet entre le cœur d’une grande ville et le désert d’Atacama au chili, vous n’aurez pas les mêmes chances de faire une belle photo d’étoiles ! il existe des cartes de pollution lumineuse qui montrent , par exemple en France, qu’il existe des endroits favorables (les endroits en montagne (ici le Queyras), ou très peu peuplés comme le larzac, la haute Provence ou la Corse). Il faudra attendre la nuit noire, soit la nuit dite « astronomique », souvent autour d’1h30 après le coucher du soleil (ou 1h30 avant son lever).

Une fois une zone choisie et repérée sur une carte, il est préférable de faire un repérage sur le terrain de jour, pour penser aux photos, aux cadrages , aux éléments du paysages qu’on veut inclure dans la photo. Il est toujours bien plus facile de faire ça le jour, qu’en pleine nuit noire. Une idée est de venir sur place en fin d’après midi, de faire cela et d’attendre ensuite la nuit.

Intervient là, le facteur volonté et motivation, qui nous poussera à marcher de nuit, quelquefois seul, avec le froid etc… Mais le photographe de paysage connait déjà cela 😉

En ce qui concerne la technique, il y a tout d’abord une question de matériel : un trépied pour faire des pauses longues, un ou des objectifs lumineux, c’est-à-dire avec une grande ouverture du diaphragme. Le mieux est d’avoir des objectifs grand angle à f :2,8 ou mieux d’ouverture. Une fois l’objectif choisi et monté sur son boitier et le trépied, il va falloir faire la mise au point sur les étoiles. On se place préalablement sur l’ouverture max de son objectif, en mode manuel, et on utilise la visée par écran, à la longueur focale prévue. Ce réglage de mise au point n’est pas forcément le réglage infini de l’objectif. On passe la mise au point en manuel, on vise une étoile lumineuse, on zoome dessus, et on essaie de la rendre la plus ponctuelle possible. On y touchera plus par la suite !

Ensuite intervient le cadrage et la composition.. c’est souvent le plus délicat. On peut s’aider d’éclairage à lampe torche sur les élements du paysage. Une autre technique consiste à prendre des photos à iso Max avec un temps de pause court (entre 1 et 5s) et de corriger la position de son appareil en fonction de la photo qui vient d’ètre prise. Vive le numérique ! il vous faudra parfois une dizaine de photos. On gardera en tète néanmoins que des éléments dans le cadre et proche peuvent ètre flous. En effet, le plan « net » le plus proche est assez éloigné, à grande ouverture du diaphragme et une mise au point à l’infini (sur les étoiles). Pour mon 20mm à 1.4 d’ouverture , ce sera pas loin de 10m… Bref le premier plan ne doit pas se trouver trop proche… ou alors il sera… moins net.

Enfin il vous faudra une sensibilité iso et un temps de pause. Pour la sensibilité, 1600 ou 3200 iso seront à minima nécessaire. Pour le temps de pose, il faudra une durée la plus longue possible, d’une part pour compenser le manque de lumière, forcément, mais aussi pour avoir une sensibilité iso la plus basse possible (même si 1600 sera un minimum de toute manière). Cependant, au-delà d’un certain temps de pause il y a un risque d’avoir des étoiles étirées (la terre tourne vite !), il existe une règle approximative qui détermine le temps de pause à ne pas dépasser en fonction de la longueur focale utilisée : 600 / (longueur focale). Ainsi à 17mm par exemple on pourra faire des pauses de 30s , à 35 de 13 , 14s etc…

Voilà, la réussite de la photo dépendra de la composition, de la relations des éléments entre eux, de l’histoire racontée. Si le ciel vous apparait un peu lumineux sur l’horizon , avec une lumière jaune, c’est normal, il y a toujours un peu de pollution lumineuse, on y échappe rarement. Si vous avez des couleurs dans le ciel étoilé , c’est normal aussi, au sein de la voie lactée en particulier. L’œil ne voit pas ces couleurs mais le capteur de l’appareil photo si.

Réflexions personnelles sur le développement :

Nous pouvons voir de très nombreuses photos de ciel étoilés sur le net ou ailleurs. Le développement numérique offre une grande latitude de choix. Pour le paysage diurne, le développement sert (selon moi toujours) à se rapprocher de ce que notre œil a perçu, le plus possible. La retouche ne transformera, je pense, jamais une prise de vue ratée, ou au mauvais moment, comme tout le monde en fait, et moi le premier ! Le developpement peut, par contre, sublimer ce qui est déjà là , capturé. Le paysage est pour moi un domaine photographique difficile, on ne peut pas « tricher » avec les couleurs , les densités , la lumière. La photo de paysage est avant tout un cliché à aller chercher, qui se mérite.

Pourquoi ce petit écart par rapport à la photo d’étoiles ? Simplement car dans ce domaine spécifique , il y a plus de latitude , notamment sur le développement. La prise de vue (pose longue) permet de voir ce que notre œil ne peut voir. D’habitude nous voyons mieux le jour que notre appareil (la dynamique en densité de lumière de notre œil est bien supérieure à celle des meilleurs capteurs), la nuit c’est différent.

Ainsi libre à chacun de développer ses images d’étoiles comme il le ressent. Certaines images seront très saturées, très lumineuses. D’autres tireront partie d’un éclairage de lune discret, ou d’une silhouette qui se détachera d’un ciel très clair. Enfin le « light painting » (éclairer une partie du cliché) servira à détacher un élement.

Ce soir là, au bord du lac blanchet supérieur, le vent s’est arrété, le lac s’est figé, les reflets sont apparus très distinctement. Voici quelques prises de vue , employant les techniques décrites ci-dessus . Pour le développement, je reste sur quelquechose de très dense, peu saturé avec une dominante bleue dans le ciel. Je reste assez proche d’une réalité de prise de vue, et par peu de retouches en contraste et en couleur, dans quelquechose au rendu doux et serein ;).

Photos prise au Canon 5Dmark3, avec sigma art 20mm 1.4 , certaines sont un assemblage panoramique de 2 photos. 20mm, 1,4, 1600 iso

Les images si dessous sont en qualité moindre HD.

Tète des toilies, lac Blanchet supérieur, sous les étoiles
Tète des toilies, lac Blanchet supérieur, sous les étoiles Au premier plan , les linaigrettes , fleurs qui bordent certains lacs d’altitudes du Queyras
Tète des Toillies, lac Blanchet
Tète des Toillies, lac Blanchet supérieur, sous les étoiles
Tète des toilies, lac Blanchet supérieur, sous les étoiles
Tète des toilies, lac Blanchet supérieur, sous les étoiles
Tète des Toillies, lac Blanchet supérieur , sous les étoiles, avec un éclairage latéral de quartier de lune
Tète des Toillies, lac Blanchet supérieur , sous les étoiles, avec un éclairage latéral de quartier de lune

Pour terminer quelques lien vers des sites de photographies très réussies du Queyras. De photgraphes modèles! Ducan MacAthur et Guillaume Laget

http://www.duncanmacarthur.com/ 

http://www.tetras.org/

bonnes photos!

 

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